L’opinion est sa truffe convoitée ; Stéphane Rozès la quête partout en grognant. Directeur de l’institut CSA-opinions et professeur à Sciences-Po, le sondeur a conquis le marché de la « gauche de gauche ». Le PCF sollicite ses prophéties en stratégie électorale ; L’Humanité l’interroge sur les grèves contre la réforme des retraites. À cet ex-trotskiste qui se vante de tutoyer de Villiers, la LCR achète une étude sur le « taux de pénétration » d’Oliver Besancenot. Et Contretemps, la revue de Philippe Corcuff, l’invite à « penser la radicalité de la période ». « Le client est roi » : en bon boutiquier, Rozès ménage ses traditionnels donneurs d’ordres en glosant à l’« université d’été » du Medef et à la Fondation pour l’innovation politique de l’UMP. « Moi, je travaille pour les élites », avoue-t-il. Quand Christine Ockrent interroge « notre ami Stéphane Rozès » sur la Constitution européenne, le marchand de sable gourmande « ces Français qui ont du mal à comprendre le fond du débat ». Lui a tout compris. En mars 2005, il publie le premier sondage qui prédit la victoire du « non », escomptant que la « menace » « allait créer mécaniquement du oui ». Après le 29 mai, il apprend aux vedettes de la gauche « noniste » à muscler « la marque antilibérale » en passant à la télé. On peut juger du résultat…
Sondeur aux yeux de poisson mort, Rozès exsude un jus de contentement de soi. Son produit phare, c’est lui. Dans Politis, « hebdomadaire citoyen » en mal de copie, Rozès renvoyait les lecteurs à deux articles de Rozès parus dans La Tribune et dans Le Figaro. Mais il cancane aussi dans les revues pro-Bush Commentaire et Le Meilleur des mondes. Son désir de paraître est tel que les médias font instantanément appel à lui les jours fériés ou lorsqu’un invité se décommande à la dernière minute. Las ! Enfin cité dans le Wall Street Journal Europe (16.11.06), il apparaît sous le nom de « Ms Rozès » (Mme Rozès) et pique une crise de nerfs. L’incident est fréquent. En 2002, à la sortie des studios de France Culture, il agresse un universitaire qui venait de critiquer les farceurs faisandés des sondages : « Je brasse des millions… Je ne vais pas me laisser intimider par un petit prof de fac. » Un petit coup de laisse dorée sur les fesses devrait l’apaiser.
